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[ Textes ]
Le jour se lève
Le jour se lève sur notre
grisaille, sur les trottoirs de nos ruelles et sur nos tours
Le jour se lève sur notre envie de vous faire comprendre à tous que c’est à
notre tour
D’assumer nos rêves, en récolter la sève pour les graver dans chaque mur de
pierre
Le jour se lève et même si ça brûle les yeux, on ouvrira grand nos paupières
Il a fait nuit trop longtemps et avancer sans lumière nous a souvent fait
tâtonner
Personne à pardonner, si on est là aujourd’hui c’est juste qu’on a pas
abandonné
On a cherché la lueur de l’aube en sachant qu’elle avait la couleur de
l’espoir
On s’est armé de nos stylos pour écrire nous-mêmes la suite de toute cette
histoire
Le jour se lève, sort de sa grève, c’est grave à quel point la nuit a été
agitée
On en a de belles à raconter même si j’imagine que ce sera sûrement loin de
tes JT
Le soleil éclaire notre papier qu’on avait gratté dans l’ombre pendant toute
la nuit
La chaleur fait couler l’encre, nos mots quittent nos cahiers, nos voix
sortent de l’ennui
Alors nous allons prendre la parole, monter sur scène pour un moment,
[j’espère que t’en as conscience
Finies la patience et la méfiance, on s’offre simplement avec l’écriture une
renaissance
Le jour se lève et son glaive de lave nous lave des peines et douleurs du
passé
Notre avenir est lancé… tu nous écouteras et diras franchement ce que t’en
as pensé
Le jour se lève et la joie se livre, la soif se lit sur nos lèvres, tu
devrais nous suivre
Si notre heure est brève, nous allons quand même la vivre, nous ne sommes
pas bons élèves
[mais l’envie nous enivre
Alors à ton tour ouvre les yeux, approche-toi et observe avec curiosité
Le souffle et l’enthousiasme d’une brigade de poètes sortis tout droit de
l’obscurité
Ne prends pas ça pour de l’arrogance mais on sent que c’est notre heure et
ça fait du bien
Notre passion va nous nourrir et je vais retrouver le sourire dans le regard
de tous les miens
Le jour se lève, on le doit peut-être qu’à nous et quand je dis ça, c’est
pas juste une métaphore
Le jour se lève et si ça se trouve, c’est uniquement parce qu’on l’a espéré
assez fort
Le jour se lève sur notre grisaille, sur les trottoirs de nos ruelles et sur
nos tours
Le jour se lève sur notre envie de vous faire comprendre à tous que c’est à
notre tour
Notre futur est incertain, c’est vrai que ces deux mots là vont toujours de
paire
Mais notre jour s’est bien levé, dorénavant il sera difficile de nous faire
taire
(© Grand Corps Malade, 2005)
Je dors
sur
Je dors sur mes 2 oreilles
J’ai constaté que la douleur était une bonne source d’inspiration
Et que les zones d’ombre du passé montrent au
stylo la direction
La colère et la galère sont
des sentiments productifs
Qui donnent des thèmes puissants, quoi qu’un peu trop répétitifs
A croire qu’il est plus facile de livrer nos peines et nos cris
Et qu’en un battement de cils un texte triste est écrit
On se laisse aller sur le papier et on emploie trop de métaphores
Pourtant je t’ai déjà dit que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus
forts
C’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai décidé de changer de thème
D’embrasser le premier connard venu pour lui dire je t’aime
Des lyrics pleins de vie avec des rimes pleines d’envie
Je vois, je veux, je vis, je vais, je viens, je suis ravi
C’est peut-être une texte trop candide mais il est plein de sincérité
Je l’ai écrit avec une copine, elle s’appelle Sérénité
Toi tu dis que la vie est dure et au fond de moi je pense pareil
Mais je garde les idées pures et je dors sur mes 2 oreilles
Évidemment on marche sur un fil, chaque
destin est bancal
Et l’existence est fragile comme une vertèbre cervicale
On t’a pas vraiment menti, c’est vrai que parfois tu vas saigner
Mais dans chaque putain de vie, y’a tellement de choses à gagner
J’aime entendre, raconter, j’aime montrer et j’aime voir
J’aime apprendre, partager, tant qu’y a de l’échange y’a de l’espoir
J’aime les gens, j’aime le vent, c’est comme ça je joue pas un rôle
J’ai envie, j’ai chaud, j’ai soif, j’ai hâte, j’ai faim et j’ai la gaule
J’espère que tu me suis, dans ce que je dis y’a rien de tendancieux
Quand je ferme les yeux, c’est pour mieux ouvrir les cieux
C’est pas une religion, c’est juste un état d’esprit
Y’a tellement de choses à faire et ça maintenant je l’ai compris
Chaque petit moment banal, je suis capable d’en profiter
Dans la vie j’ai tellement de kifs que je pourrai pas tous les citer
Moi en été je me sens vivre, mais en hiver c’est pareil
J’ai tout le temps l’œil du tigre, et je dors sur mes 2 oreilles
Je n'suis pas le plus chanceux mais je
me sens pas le plus à plaindre
Et j’ai compris les règles du jeu, ma vie c’est moi qui vais la peindre
Alors je vais y mettre le feu en ajoutant plein de couleurs
Moi quand je regarde par la fenêtre je vois que le béton est en fleur
J’ai envie d’être au cœur de la ville et envie d’être au bord de la mer
De voir le delta du Nil et j’ai envie d’embrasser ma mère
J’ai envie d’être avec les miens et j’ai envie de faire des rencontres
J’ai les moyens de me sentir bien et ça maintenant je m’en rends compte
Je voulais pas écrire un texte « petite maison dans la prairie »
Mais j’étais de bonne humeur et même mon stylo m’a souri
Et puis je me suis demandé si j’avais le droit de pas être rebelle
D’écrire un texte de slam pour affirmer que la vie est belle
Si tu me chambres je m’en bats les reins, parfois je me sens inattaquable
Parce que je suis vraiment serein et je suis pas prêt de péter un câble
La vie c’est gratuit je vais me resservir et tu devrais faire pareil
Moi je me couche avec le sourire et je dors sur mes 2 oreilles
La vie c’est gratuit je vais me
resservir et ce sera toujours pareil
Moi je me couche avec le sourire et je dors sur mes 2 oreilles
(© Grand Corps Malade, 2005)
Il a fait
nuit tout
Il a fait nuit toute la journée
Dîtes moi d’où vient ce phénomène qui
mène tout droit à l’impasse
Qu’est-ce qui se passe, je vois plus les traces, je reconnais plus mon
espace
Espacez-vous, écartez-vous, dites-moi où est la lumière
J’ai besoin d’aide encore une fois et ce sera pas la dernière
Je ne vois plus où je mets les pieds, ne me dites pas que c’est normal
Tout ce que je respire est inquiet, je sais plus ce qu’est bien et ce qu’est
mal
C’est la pénombre qui règne comme si le soleil était mort-né
Messieurs Dames aujourd’hui, il a fait nuit toute la journée
Je n’ai pas senti de chaleur s’épanouir au-dessus de nos têtes
Je n’ai vu aucune lueur venir frapper à nos fenêtres
Je ne sais pas si je dois attendre que la nuit se lève ou que le jour tombe
Mais depuis 24 heures, il fait nuit comme dans une tombe
Je vois plus les oiseaux s’envoler, tous ces petits trucs qui m’émerveillent
Je sens plus les nuages s’enrouler, le soleil a perdu son réveil
Si ça se trouve c’est grave la terre s’est peut-être arrêtée de tourner
Messieurs Dames aujourd’hui, il a fait nuit toute la journée
Pourtant les gens autour de moi n’ont pas l’air d’être étonnés
Comment ça se fait, réagissez mais arrêtez de déconner
Suis-je le seul à me rendre compte de la hauteur du danger
La lune nous nargue en plein midi ça n’a pas l’air de vous déranger
Est-ce que ça se passe vraiment ou est-ce seulement dans mon cerveau
Tout ça me paraît bien réel mais je ne sais plus ce que ça vaut
Est-ce un voile devant mes yeux, est-ce qu’il fait nuit dans ma tête
J’ai l’impression que le monde est vieux et qu’y a que moi que ça inquiète
Est-ce le prix du quotidien et le poids de la lassitude
Il a fait nuit toute la journée mais ce n’est plus une certitude
Peut-être que tout va bien et que l’instant n’a rien de fatal
Et qu’il y a simplement un peu trop de poussière dans mon mental
Maintenant il faut que je me reprenne et que j’arrête mes histoires
J’attends que le soleil se lève à nouveau dans mon espoir
Mais je n’oublie pas qu’il est possible que ce soit l’hiver toute l’année
Comme il se peut que ce jour là, il ait fait nuit toute la journée
Le poète est un grand mytho qui s’invente des thèmes
Pour faire rire, pour faire pleurer, pour qu’on lui dise je t’aime
Pour un bon mot il est prêt à tout, le poète est un malade
Ne le croyez pas surtout, il ne raconte que des salades
Moi je me prends pour un poète parce que je rappe sans instru
Il a fait nuit toute la journée, j’espère que vous ne m’avez pas cru
Ce n’est qu’un thème de plus pour mentir impunément
Je pense donc je suis, j’écris donc je mens
Y’a plus de repères dans mes histoires et tout ce que je dis peut être
factice
Dans mon prochain texte, je vous ferai croire que je courre plus vite que
Carl Lewis
Mais attention, soyez prudents, car si jamais vous m’applaudissez
C’est que ça vous plaît quand je mens… donc je vais sûrement recommencer
(© Grand Corps Malade, 2005)
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